La structure de coûts, nerf de la guerre

La structure de coûts, nerf de la guerre 
Le Devoir  – Gérard Bérubé –  7 juillet 2016

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Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir – Le fondateur du Groupe de voyage Sunwing, Colin Hunter

Le monde du voyage est aux prises avec de grandes manoeuvres ces temps-ci, sur fond d’instabilité. Ce modèle d’affaires favorisant l’expansion dans une industrie hautement concurrentielle peut entrer en friction avec cet environnement exigeant une structure de coûts toujours plus amincie et flexible. Devant les changements à venir, Colin Hunter dresse un parallèle avec cette transformation qui suscite l’affrontement au sein de Postes Canada. Dans ce cas, la comparaison ne vient plus des entreprises traditionnelles de livraison de courriers mais des entreprises de télécommunications, illustre-t-il. Il en va ainsi pour les voyagistes.

L’homme d’affaires combinant le rôle de président du conseil fondateur du Groupe de voyage Sunwing et celui de crooner était de passage mercredi à Montréal afin d’offrir une prestation sur la grande scène TD du Festival de jazz. Au cours d’une rencontre avec Le Devoir précédant les tests de son, il est invité à commenter cette transaction devant faire passer les filiales européennes de Transat en Europe dans le giron de TUI, plus gros voyagiste intégré au monde. Et sur la rumeur voulant qu’Apple Leisure, troisième voyagiste aux États-Unis, passerait entre des mains chinoises. L’entreprise de Philadelphie gère un portefeuille composé d’une quarantaine d’hôtels. Un des acquéreurs potentiels, Fosun Group, a versé 1,1 milliard $US pour acheter le Club Med l’an dernier. Le prix avancé pour Apple Leisure atteindrait 1,5 milliard $US, incluant la dette, soit près de dix fois le bénéfice d’exploitation, pour une entreprise qui ne possède pas les hôtels et dont l’activité de voyagiste occupe un petit segment.

« Il ne m’appartient pas de commenter leurs choix. Ces gros joueurs sont constamment à la recherche de projets d’expansion. Mais il faut regarder l’effet net, les coûts hérités d’administrations précédentes et le mariage des cultures, parfois difficile. »

Au-delà de cette consolidation, la structure de coûts reste le nerf de la guerre, la différence entre profits et pertes. Et « pour moi, faire de l’argent ce n’est pas uniquement faire ses frais ».

Colin Hunter a fondé le Groupe de voyage Sunwing en 2002. Il a hissé l’entreprise au deuxième rang de son industrie au Canada, avec un chiffre d’affaires oscillant autour de 3 milliards, en jouant la carte de l’intégration verticale. Au fabricant de voyages se sont greffés une composante aérienne, un réceptif, la gestion et la propriété hôtelière, avec plus de 16 000 chambres, bientôt un millier de plus. « Nous avons encore beaucoup de possibilités d’expansion au sein de nos activités de base et nous pouvons compter sur notre croissance organique. »

Sunwing est une entreprise familiale et privée, le président fondateur retenant une participation de 51 % alors que les 49 % restants, détenus par TUI, lui donnent accès à l’exclusivité des hôtels RIU, aux économies d’échelle et à la masse critique du voyagiste mondial, devenu allemand. La relation demeure-t-elle bonne depuis que TUI n’est plus de nationalité britannique ? « La relation a quelque peu changé, mais leur soutien reste entier. Ils peuvent voir nos résultats. Lorsqu’une entreprise connaît du succès, elle se fait rarement déranger », souligne Colin Hunter, sourire en coin.

Pas de convoitise européenne

Et Sunwing, qui se spécialise dans les destinations soleil, ne convoite pas l’Europe. « C’est un autre univers, un marché dominé par les transporteurs réguliers. La concurrence y est féroce et les enjeux sont multiples, ne serait-ce qu’avec tous ces malheureux événements affectant le marché touristique de l’Égypte, de la Tunisie ou encore du Maroc. Pour nous, l’Europe n’en vaut pas le coût. »

Il découle de ces événements un déplacement de la demande touristique provoquant des pressions à la hausse sur les prix hôteliers, ajoute-t-il. Sam Char, vice-président exécutif du Groupe de voyage Sunwing au Québec, en rajoute. Il parle d’une véritable guerre sanglante qui se déroule présentement sur le marché Canada-Europe, aux prises avec un excédent criant de capacités, et ce, principalement au Québec, qui évolue dans une tendance démographique décroissante.

Surtout, l’industrie du voyage n’échappe pas aux pressions venant de la dématérialisation de l’économie. « L’évolution technologique nous impose souplesse administrative et flexibilité opérationnelle. On en revient à la structure de coûts », résume Colin Hunter. D’autant que les variables économiques, telles la faiblesse du dollar face à sa contrepartie américaine et la croissance au ralenti, pèsent encore. « L’hiver prochain devrait encore nous proposer quelques défis », dit-il.

L’homme d’affaires souligne, à la blague, qu’il ne s’appuie pas sur sa carrière parallèle, celle de crooner, qui l’amène à multiplier les spectacles et ses présentations au Festival de jazz de Montréal, à ceux de Lévis, de Québec ou encore de la République dominicaine, et éventuellement à celui de Cuba. Sa discographie comprend également une dizaine de CD. « Même les CD sont soumis au virage numérique. Aujourd’hui, c’est YouTube ou CDbaby. Pour chaque pièce jouée, je reçois 0,06 ¢ ! Voilà pourquoi je garde mon emploi régulier », lance Colin Hunter.

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